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Congélateurs hominidés bardés de diplômes.

Vincent a 12 ans dans sa tête et 28 sur sa carte d'identité. Il comprend tout mais mâche les mots de telle sorte que ses phrases deviennent parfois inaudibles, alors je fais semblant de les comprendre. Il a des obsessions incrustées dans son discours, comme le mensonge, parce que tout le monde ment et que lui ne sait pas s'y prendre. Je ne trouve rien à y redire et lui non plus. Ahmed est là parce qu'il veut décrocher du cannabis, il touche parfois les filles sans leur dire bonjour, Jacques vit mal sa retraite et sombre dans une dépression banale, Amandine refuse de manger plus d'une fois par jour, son squelette devient saillant par endroits. Hormis ne pas savoir profiter de la vie sereinement, ces gens n'ont rien à se reprocher et leurs prétendues pathologies n'en sont pas à mes yeux. De simples décalages d'attitudes et d'aptitudes qui ne nuisent guère à quiconque sinon à ces « proches » tremblants de voir leurs « espoirs » ne pas gravir les échelons sociaux comme il se doit. La cantine résonne tristement comme toute cantine, tapissée de reproductions style sous-Matisse, la serveuse a des gestes résolus et un regard impavide, les tablées migrent vers le fond, histoire de lui faire plus de travail. Méthodiquement, Thierry collectionne les bouteilles d'eau qu'il finit par rejeter au visage de ses voisins du couloir B. Il a fait la guerre d'Algérie et n'accepte toujours pas la défaite. Parle d'égorgement et du GIA. Mon champ de vision ratisse le bout de ciel qui s'offre en diagonale et je constate qu'il est couvert.

Elodie joue avec son briquet, façon boomerang qui ne reviendrait pas. Elle part à sa recherche régulièrement, c'est son meilleur ami. De viols et de trahisons amoureuses, elle cause jusqu'à plus soif. Le faux et le vrai ne comptent plus dans ses témoignages, l'essentiel est de l'écouter, histoire d'être courtois et surtout de passer le temps. La pelouse qui borde le bâtiment est pelée par l'automne. Le lundi accentue l'impression de courant d'air qui vient parcourir notre travée. C'est une immense garderie aux angles d'acier, détraquée plus que de raison. La griffure des constats égocentriques se retournant en boucle dans les discussions en cachette souligne l'inutilité des molécules administrées. Le téléphone portable est autorisé dès jeudi. A nouveau. Pourquoi avait-il été interdit, nous l'ignorons. Nos vies sont surgelées par des congélateurs hominidés bardés de diplômes.

 

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