• Parce que nous étions amoureux de toute folie.

     

     

    Parce que nous étions amoureux de toute folie.

    Au milieu de la crémaillère, les verres tintaient et les mots s'entrechoquaient, le sang accroché aux pupilles, dans un bruissement enivrant de glycine, tu faisais l'apologie du nucléaire iranien et des tueurs de masse, un verre de champagne ébréché à la main gauche, devant l'assistance indignée et contrite à la fois, parce qu'il y avait eu Hiroshima et Nagasaki, parce que les massacrés devenaient massacreurs, parce que les images de défunts ornaient inutilement des cimetières désertés et pavés en 1950 du côté de la Moselle, au nom d'une mémoire puérilement sacralisée que seuls nettoyaient des hommes en vert aux mouvements ralentis, et que jamais tu ne disais comme les autres de ton âge : « c'est juste énorme ». Pour toutes ces raisons, je riais d'un cœur ému, souhaitant me coller tout contre toi, face au monde. De nos jours, les professeurs s'immolaient à la récréation, l'on filmait les lynchages en gloussant dès la maternelle, et DSK trinquait à ses juges, la braguette à peine refermée. Tu voyais comme il faisait beau quand on se foutait de leur avis gluants de pucerons faussement moraux, comme il faisait bon à cette distance là. Refusant d'intégrer quelque grappe de conformité que ce soit, nous avions regagné le Bois, la tête en avant et les bras ouverts façon planeur déglingué. Arrachant des plantes rares et fumant des paquets de Fleurs du Pays. Aux caisses des supermarchés, je dissertais sur le terme de forcené qui ne signifiait rien d'autre que la peur assemblée en voyelles et consonnes, aspirant à s'agripper au poteau de l'ordre qui n'avait jamais eu lieu nulle part. Puis l'on aboyait devant un clochard surnommé Jésus que nous ne nommions pas SDF tout en lui donnant des billets de 50 euros dont nous avions pourtant besoin. Passant façon courant d'air dans le centre de l'Aubrac, je te déshabillais et l'on se superposait innocents. C'était une partition à deux temps, vagabonde et bizarre, que nous composions au fil des jours, sans crainte ni projet.

    « Tumeur dans les deux décades à venir.L'Europe serait frigide. »

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