• La mer est morte en montant

     

     Bel homme, jeune,  et qui  n'a jamais mis les pieds hors de son appartement, puis qui se décide à le faire, un jeudi de décembre, sans raison.  Je lui en ôte alors l'idée en mettant la télévision devant lui. Pour le chaos en direct.  Écartant ses velléités de sortie,  je me figure même que cette démarche ne me regarde point. 

    Si tu savais avec quel soin j’ai évité le monde, me dit-il, accompagné par le frottement régulier de ses sandales en cuir beige. Raison de plus pour ne rien changer à son quotidien,  vingt ans avec  une femme en tête, c’est trop. Elle ne le verrait plus se moquer des lois et du gouvernement démocratique, la liberté ou la sécurité, il faut choisir...

    Acheter une voiture l'année prochaine,  il y songe trop, mère, père, ils ne sont plus là pour le conseiller... Importance politique du pouvoir judiciaire. Dites aux deux femmes qui priaient là, autrefois, dans le même appartement sans teint, agenouillées, disparues au fond des corbeilles de sa mémoire, que rien ne sert à rien dans le domaine des arts et lettres.  Il faudrait jouer franc-jeu, se retirer de toutes ces ambitions crépusculaires, et puis tout s’éclairerait.  Elles se révèleraient  pour ce qu’elles étaient, insignifiantes, petites, mais bien à vous ; tout ce que nous trouvâmes depuis si longtemps dans la très grande angoisse.


    Planète cocasse, mais répétitive, pensa-t-il. Positivement, il dodelina du chef, pour exprimer sans doute son assentiment à l’endroit du présentateur de télé réalité. Ici,  dans la chambre des secrets, une sentence de mort était commuée en prison perpétuelle. Ce qui arrangeait uniquement les consciences des décideurs. Facilement identifié comme un type de votre patelin et pourtant la cave pleine de cadavres, le candidat aux tatouages déjà vus et à la barbe de trois jours en avait un gros, de secret. Tout ça a été vérifié auprès du ministère des affaires viciées. Gâté et élevé sans religion,  l'hospitalité télescopée, ce qui le rendait parfois heureux, mais c'était juste délicat de provenir  d’un monde  invisible, et  d'avoir quelque pitié pour ceux qui ont fait avec la normalité. Obsession du creux de la nuit faisant ressortir la blancheur humaine des bras nus, quelques piques de rousseur par-dessus.

     Parce que demain tout sentira le charbon, lui dis-je.
    Donne la bonté et la justice,  puisque l’absolu partage son butin quantique à chaque rendez-vous me répondit-t-il.

    Pareil au mât d’un pavillon, charriant tout l'appareil des conventions, il se voulait religieux, mais personne ne daignait seulement le reconnaître comme simple voisin.

    Neuf hectares et demi, dans un endroit où l'antre de la solitude le forçait à parler. Craignant d'être définitivement sans amante, il prolongeait ses noces imaginaires. Tard dans la nuit, il remplissait ses mots croisés, car  chez eux, il y trouvait une oubliette du passé. Inconsciemment, il semblait indifférent à tout,  d'une manière décontractée et facile.

    En le prenant pour un ennemi, on le transformait en soldat de plomb,  crevant son sommeil  de cauchemars artificiels. Au fond, il restait un abominable despote, un partisan du despotisme même pas éclairé. Moi je l’aimais.

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