• La conscience magique (fin)

    Entretien avec la philosophe Athane Adrahane

    Tr : À propos de cruauté, vous affirmez que l’art fasciste ou totalitaire n’existe pas. Il y eut pourtant les sculptures d’Arno Breker, les films de Leni Riefenstahl ou l’architecture de Speer…n’idéalisez-vous pas l’artiste ? L’art au service d’une propagande existe depuis toujours ; actuellement, il se met souvent au service de l’ultra libéralisme économique.

    AA : L’artiste n’est jamais à l’abri de la corruption. Il y a toujours un risque qu’il dévie de sa ligne éthique, qu’il se vende et quitte le champ de la création…la vigilance est toujours de rigueur. Je crois avoir bien insisté sur cette problématique dans La conscience magique, mais également sur ce cas, non moins rare, d’un détournement d’un art par un système ou une industrie, et ce, en vue d’une manipulation des masses. L’art se voit alors utilisé comme outil de propagandes visant à enchaîner un public aux intérêts d’un système dominant. La culture de l’audiovisuel regorge d’exemples. Lorsqu’on voit une pub pour des 4x4 jumelés à des images du peuple Massai en pleine danse, en pleine nature, pour moi ce n’est pas de l’art, c’est du marketing destiné à vendre des 4x4 en se servant de l’attrait esthétique qu’exerce sur le public le soleil et le dépaysement qu’offrent les derniers peuples authentiques. Pourtant, on utilise pour ce faire l’art de la photographie et de l’infographie. Et lorsqu’un des fonctionnaires de l’administration Bush écrit le discours du président afin de convaincre l’opinion publique de faire la guerre en Irak et ce, en utilisant la force et le pouvoir des mots, est ce qu’il s’agit d’art pour autant…ou plutôt d’un détournement de la langue afin de servir les intérêts d’un système dominant ? C’est plutôt ça, je crois. La création telle que je la conçois, tel que ce mot a pris sens et corps au sein de mon expérience, car il n’y a pas qu’un seul sens, à chacun sa vision de la création pour moi donc, la création, qu’elle soit musicale ou philosophique, se vit en résistance à une culture saturée de mots et d’images dépourvus de toute magie, devenus trop souvent outils de propagande et d’asservissement des différences à un modèle unique. Pour moi , le défi de l’artiste, c’est de restaurer, libérer de la vie partout ou celle-ci se voit amoindrie, dégradée, étouffée, bafouée, bref de parvenir à déployer la grande respiration.

     

    TR : Vous pratiquez la musique, l’écriture, la philosophie, la photo…comment parvenez-vous à tout concilier ?

     

    AA : Je travaille énormément. En fait, tout marche ensemble : arts, philosophie et vie. D’où ma passion pour le cinéma qui est agencement et mise en danse de tous ces arts. Je me vis donc comme un cinéma ambulant dont l’art est de créer des passerelles entre ces différentes façons de penser. J’aime les connexions entre mondes hétérogènes. Que se passe t’il quand la philosophie habite le Rock ou que Marilyn Manson se ballade dans un livre de philosophie ? En fait, ce que je découvre en philosophie ensemence ma pratique de l’image ou de la musique et inversement, c’est la fabuleuse transe des sens.

     

    Athane Adrahane est philosophe de formation, auteur d’un essai, La conscience magique (Substance, 2003) et autres textes philosophiques, poétiques dont la danse insensée des sens (cahiers internationaux de Symbolisme). Conférencière, photographe (plusieurs expositions vivantes avec G.Sens, site www.anomaltribu.com) et créatrice d’images vidéos (les corps voyants…)

    Nombreux travaux de compositions vocales. Travaille actuellement à la création d’un album de musique au sein du groupe « Artères ».

     

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