• L'objectivité faible de l'information

    On admet communément que la correspondance entre jugements et faits induit le principe de vérité. L’adéquation entre les faits et l’intellect devant prendre en compte l’essence des phénomènes qui informent censément la conscience. Toutefois, les avancées scientifiques et philosophiques ont relativisé le principe d’essence des choses, la nature de la connaissance étant alors fragmentée et relativisée pour s’ouvrir à un indéfini conceptuel.

     

    L’identité de structure du sens étant trahie par le langage et les projections anthropocentristes. Constat qui a permis un retour du pragmatisme, ouvert à la pluralité des vérités complexes appuyées sur un consensus intersubjectif. Le rapport de causalité et ses présupposés réalistes appelant l’union de l’appréhension subjective et du factuel considéré comme objectif en soi. Le dualisme sujet-objet accompagnant ce présupposé. L’assentiment donné à l’extériorité des objets, par le moi observateur, passe par un accord contingent entre constat subjectif lié aux sens (on entend quelqu’un qui tape à la porte) et fait objectif (c’est le cas, quelqu’un tape bien à la porte).

    Toute logique part de ce rapport primitif d’adéquation ontologique.

    Le fait objectif légitimant la correspondance adéquate du jugement. Intervient alors la critique de ce dualisme (fait objectif/jugement subjectif) notamment par le travail de Werner Heisenberg. Le sujet cartésien dans sa pureté ontologique première sera remis en cause par toute la tradition phénoménologique, d’Heidegger à Husserl. La physique quantique achèvera de prolonger cette altération conceptuelle. Le mécanisme de Descartes fut dépassé..

    La réévaluation de Copenhague a dynamité ce dualisme à partir du problème de la mesure, à savoir qu’il y a action de l’observateur sur l’observé, l’en-soi du champ observé étant donc en interaction avec celui qui l’appréhende (et non coupé radicalement de l’expérimentateur). Les désormais fameuses particules élémentaires dont parle Michel Houellebecq ont illustré cette annulation du dualisme corps/esprit (la dualité onde-particule reprendra le flambeau !). Le déroulement apparemment linéaire entre cogitation, expérimentation et univocité de la pensée d’alors fut plus que dépassé bien que les germes de transcendance synthétique étaient déjà portés par l’œuvre de Descartes.

    L’objectivisme radical qui prétendait définir un sujet en soi, indépendant et pur de tout rapport à un sujet de médiation cognitive est appuyé sur un faux semblant puisqu’il demande le constat subjectif de l’observateur, constat qui n’est toujours que partiel et potentiellement partial, induisant la nécessité d’une connaissance globalisante de type divin pour asseoir la légitimité de l’expertise.

    La vérité ou la fausseté d’un jugement (qui se voudrait absolument objectif) étant indéfiniment liées à la capacité de s’extraire de tout conditionnement subjectif, donc de détenir une vision totale des conditions de l’expérience. Et personne n’occupe cette position. Il a donc fallu faire machine arrière, admettre que le fait objectif part toujours d’une hypothèse relative et que toute information issue d’une expérimentation est relative. L’inconsistance du fait objectif mine la concrétude absolutiste des expériences et surtout l’idée de correspondance entre abstraction analytique et contingence du fait. La division sujet-objet, renvoyant à l’idée d’entité en soi, extérieure à l’esprit de l’expérimentateur se casse la figure devant le principe d’entité abstraite qui n’a pas d’existence propre, qui serait extérieure à l’esprit, ce que prétend requérir l’expérience objective.

    Le jugement se portant sur l’entité abstraite ne peut plus se référer à la division objectif/subjectif. Cette contamination rend caduc le principe de vérité correspondantiste. Une redéfinition deviendra nécessaire à la source de l’édifice cognitif, substituant à la division mécaniste sujet-objet la théorie des régions de réalité (la réalité étant pour Heisenberg une fluctuation continue d’expériences saisies par la conscience, non identifable en son entier à quelque système isolé que ce soit).

    L’idée « d’extériorité » du monde de la physique classique demeure assise sur le dualisme sujet-objet, mais désormais transcendée par l’effectivité (dont parlait Hegel) de la physique quantique, dans laquelle ce dualisme est rendu sinon caduc du moins incomplet. Le subjectif et le symbolique sont intégrés au processus de connaissance de la réalité, le fait n’est qu’un fragment de ce qui se donne à connaître, à objectiver. Le subjectif ne pouvant être défini que pour soi, et par son appréhension propre. Le champ symbolique relevant des connexions pour Heisenberg, qui lui confère l’existence authentique et réelle. Le journalisme dans sa globalité est non seulement soumis au règne de l’objectivité faible, mais n’en est le plus souvent pas conscient. Les informations traitées (à commencer par la sélection et la hiérarchisation des sujets abordés) le sont toujours par le filtre des conditionnements culturels, psychologiques, sexuels, économiques, intellectuels, historiques et finalement métaphysiques.

     

     

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  • Commentaires

    1
    guylène
    Jeudi 20 Mai 2010 à 16:56
    DURN
    Bonjour, je ne sais pas si par ce biais je suis en contact avec vous mais il s'agit ici d'une demande de ma part plus qu'un commentaire sur votre article "l'objectivité faible" bien que lisant actuellement "la réalité de la réalité" de Paul Watzlawick le sujet m'intéresse aussi. En fait je suis à la recherche d'informations concernant Richard Durn
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