• Illusion d'État.

     

    Un bon tour dépend de plusieurs facteurs, qu’il comprenne oiseaux, cartes, cordes ou balles. Il faut permettre au public d’en examiner la procédure, qu’il puisse vérifier l’authenticité de ce qui va fournir la matière substantielle au prestidigitateur. Il faut du prestige, des manières élégantes, discrètes, tout doit se faire dans la subtilité ouatée, derrière cette lucidité en déperdition, à moitié endormie, du public frémissant, qui, finalement, a envie d’être dupe. Après tout, il est au spectacle, en veut pour son argent. Pas vraiment en quête de réponses. Des noeuds coulants autour de belles jeunes femmes parées de robes indolentes,  c’est tout ce qui compte. Savoir comment le tour a vraiment eu lieu ne l’intrigue que mollement, cela relève de cette zone d’aveuglement et d’éréthisme qui permet justement de faire « ah » et « oh ». De retomber en enfance, dans la pensée magique.  On ne pourrait plus se résoudre à applaudir au passage des faiseurs de miracles, si l’on en savait trop. Ce n’est pas démodé, la cage à oiseaux, ce n’est pas tout à fait de la sorcellerie, mais ça y ressemble, en plus matérialiste. Il faut de bonnes promesses, du tangible, et garantir que tout finira bien, après le frisson du risque, tout de même. il y a toujours des volontaires pour ce genre d’expériences. La jeunesse a soif d’aventures, surtout quand on lui promet que tout finira bien. Les journalistes ne savent pas toujours lire les bonnes pancartes, et quand le tour se termine mal, quand, à l’issue d’un cache-cache humide, la belle jeune fille ne sort pas de son cube rempli d’eau froide, qu’il faut exploser la vitre pour l’en extraire, et qu’elle ne respire plus, plus jamais, alors là, vraiment, le public est outré, du premier rang au dixième. Il faut lui présenter de plates excuses. Le 3 avril 1897, les relations du public peuvent s’avérer décevantes, quand tout se passe bien, il est habitué aux histoires de cages à oiseaux, le clou du spectacle se termine par des hurlements uniquement quand il y a des doigts brisés, une erreur, sinon, l’on se pâme dans l’ennui des noeuds de marins avec tambours d’adrénaline. Les bons magiciens ont un code de confiance. Ils fuient le prévisible, cultivent l’imprévu, le choquant. En toute discrétion. Personne n’y croit a priori, alors il faut s’entraîner quand la population est endormie, saturée de rêveries érotiques, s’entraîner au maximum de l’inintelligible, pour la prendre par surprise, la faire communier à son corps défendant. Au petit matin, être sûr de soi, de ses techniques inédites, avec des générateurs dernier cri. Pour fournir de la vraie magie, et rendre les enfants livides de surprise. La supériorité du courant alternatif devait éviter tout danger, mais pourtant, le public est apeuré, ça crisse de partout.  Les ambitions théâtrales, d’avatar en avatar, doivent passer inaperçues pour atteindre leur acmé.  Sinon, les masses sont atterrées. La femme coupée en deux, futur projet qui doit tout changer. La nouvelle obsession à conclure. Il faut aimer l’air de la montagne en attendant. Avant de revenir, gonflé à bloc. Sans avoir à acheter des tours. En créant des doubles. Jour et nuit. Doubler la crédulité du monde. Par des millions d’artifices. En les créant soi-même, ex nihilo.

    « Chroniques subjectives du cinéma contemporain.Hadewijch, conjugaison des prières. »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :