• Europe : ses formations incohérentes

     

     

    Au moment ou l’Italie dévoile une vague eurosceptique qui vient alourdir le bilan politique de ces dernières décennies en termes d’adhésion populaire, il semble pertinent de se pencher sur le corpus intellectuel qui régit les élites européennes. Et force est de constater que les manuels de formation à destination des candidats préparant les divers concours de l’Union européenne (ceux d’administrateur, d’assistant et de linguiste), sont émaillés de fautes sémantiques lourdes, de présentations erronées, ainsi que d’interprétations arbitraires via notamment leurs tests de « raisonnement verbal. »

     

    Appréhender l’instance de réflexion qui conduit l’action de ses dirigeants permet de saisir la nature de leurs manières et pratiques. En ce qui concerne l’Ue, ce domaine prend sa source au coeur de ses formations d’administrateurs. La qualité de la rationalité qui s’y dégage laisse assez pantois pour qui trouve le temps de les analyser en profondeur. Censé véhiculer les valeurs et techniques d’analyse caractérisant la pratique européenne, promouvoir les compétences, éviter les contresens, extrapolations, confusions, déductions et autres interprétations abusives, le manuel 2014-2015 préfacé par Michel Barnier, est, au sujet de pas moins de sept tests fondamentaux,  frappé d’illogisme et d’incohérence.

     

    En voici le détail :

     

     

     

     

    Question 31, p.96 : « Une enquête Eurobaromètre sur le climat social dans l’UE (enquête de terrain menée entre le 25 mai et le 17 juin 2009) montre que les citoyens européens sont pessimistes quant à l’évolution de leurs conditions de vie et de leur situation professionnelle au cours des douze prochains mois. Dans tous les pays, les citoyens ont tendance à penser que la situation générale va encore s’aggraver, en particulier en ce qui concerne l’économie, l’emploi et le coût de la vie. L’enquête révèle également que de nombreuses personnes ne sont pas satisfaites des principales politiques mises en oeuvre dans le domaine social, notamment les prestations de retraite et de chômage. De plus, les citoyens européens sont préoccupés par les inégalités et la pauvreté, ainsi que par les relations entre personnes appartenant à des milieux culturels différents ou de nationalités différentes. Cette enquête sera renouvelée chaque année. »

     

    Réponses proposées par le manuel :

     

    A : les principales politiques mises en oeuvre dans le domaine social ont conduit à une augmentation des inégalités et de la pauvreté.

     

    B : Les sondages montrent que les citoyens européens ne prévoient pas une reprise économique avant plusieurs années.

     

    C : Les citoyens européens sont inquiets face à la xénophobie.

     

    D : la situation professionnelle et financière des citoyens européens va se dégrader au cours des douze prochains mois. 

     

    La bonne réponse à ce test selon le manuel est la C ! Pourtant, à aucun moment, il n’est question dans ce texte d’une crainte de xénophobie. La préoccupation peut tout signifier, aussi bien un intérêt qu’une angoisse mais n’est pas synonyme du mot xénophobie.

     

    Question 69, p.107 :

    La théorie de la récapitulation, aujourd'hui en désuétude, a été initiée par Ernst Haeckel. Elle affirme que l’ontogenèse récapitule la phylogenèse, c’est-à-dire que le développement individuel d’un organisme se fait en reproduisant les étapes de l’évolution de certains de ses ancêtres. Dans la pratique, l’énoncé de Haeckel n’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux ; chaque génération hérite bien du capital génétique ayant permis à la précédente de survivre mais pas nécessairement de celui de toutes les espèces l’ayant précédée. N’est transmis, sur plusieurs millions de générations, que ce qui est utile aux différentes phases du développement de l’embryon ( ce qui inclut, pour un mammifère, son développement dans le milieu amniotique), mais ne sera pas conservé le bagage dont l’entretien serait inutile, et a fortiori nuisible.

     

    Réponses proposées par le manuel :

     

    A : Il est admis que l’ontogenèse récapitule la phylogenèse.

     

    B : L’émergence de la génétique a en partie invalidé la théorie de Haeckel.

     

    C : Selon Haeckl, le développement d’un organisme se ferait en reproduisant les étapes de l’évolution de tous ses ancêtres.

     

    D : Le capital génétique est intégralement transmis et conservé de génération en génération.

     

     

    La formulation de la question est contradictoire, en effet, elle évoque une théorie scientifique accusée de défendre un héritage génétique de « toutes les espèces précédentes » pour un organisme vivant, tout en évoquant l’idée plus précise de « certains de ses ancêtres ». Bref avec un tel énoncé, on ignore de quoi retourne réellement cette théorie et  le candidat ne devrait pouvoir se prononcer en faveur d’une quelconque réponse à moins de maîtriser déjà en détail la théorie dont il est question.

     

    Question 95, P.113 :

    « L’histoire de l’algèbre linéaire commence avec René Descartes, qui le premier, pose des problèmes de géométrie, comme l’intersection de deux droites, sous forme d’équation linéaire. Il établit alors un pont entre deux branches mathématiques jusqu’alors séparées : l’algèbre et le géométrie. S’il ne définit pas la notion d’espace vectoriel-, il l’utilise déjà avec succès. Après cette découverte, les progrès en algèbre linéaire vont se limiter à des études ponctuelles comme la définition et l’analyse des premières propriétés des déterminants par Jean d’Alembert. Ce n’est qu’au XIXè siècle que l’algèbre linéaire devient une branche des mathématiques à part entière. Carl Friedrich Gauss trouve une méthode génétique pour la résolution des systèmes d’équation linéaire et Camille Jordan résout définitivement le problème de la réduction d’endomorphisme. En 1843, William Rowan Hamilton (inventeur du corps des nombres complexes) découvre les quaternions (extension du corps des nombres complexes). Le début du XXè siècle voit la naissance de la formalisation moderne des mathématiques. Les espaces vectoriels deviennent alors une structure générale omniprésente dans presque tous les domaines mathématiques, notamment en analyse (espaces de fonctions).

     

     

    Réponses proposées par le manuel :

     

    A : L’algèbre linéaire  repose sur la notion d’espace vectoriel.

     

    B : Avant le début du XXè siècle, l’algèbre linéaire n’était pas une branche des mathématiques à part entière.

     

    C : Depuis René Descartes, les progrès en algèbre sont continus.

     

    D : William Rowan Hamilton est le véritable inventeur de l’algèbre linéaire.

     

    Bien que la réponse A soit valide, la C devrait l’être également, en effet, pour tout citoyen normalement cultivé, ce n’est pas une extrapolation mais une rétention tertiaire d’affirmer que l’algèbre linéaire a continué de progresser tout au long du 20ème siècle.  Il est regrettable d’imposer systématiquement une lecture littérale des textes au risque d’induire un comportement intellectuellement suiviste et passif des futurs administrateurs.

     

     

     

    Question 101, P.115.

    Thomas Pynchon est un écrivain américain né en 1937 à Glen Cove, sur Long Island, dans l’État de New York. Après avoir étudié deux ans le génie physique à l’université de Cornell, il entre dans l’US Navy en 1956. À sa publication en 1963, son premier roman, V., reçoit le prix de la fondation William-Faulkner du meilleur premier roman de l’année. Pynchon passe ensuite son temps entre New York, au début des années 1990, a relancé l’intérêt des journalistes. En 1997, une équipe de CNN a réussi à le surprendre dans Manhattan.

     

    Réponses proposées par le manuel :

     

    A : Thomas Pynchon a écrit son plus célèbre ouvrage à New York.

     

    B : Thomas Pynchon est né à New York et y vit depuis le début des années 1990.

     

    C : Thomas Pynchon est discret sur ses lieux de résidence.

     

    D : L’arc-en-ciel de la gravité se déroule principalement à Manhattan Beach.

     

    La bonne réponse à ce test toujours selon le manuel est la C. Cette fois, quelle étrange extrapolation, l’imprécision journalistique quant à la résidence d’un auteur ne  présente en soi aucune information sur le comportement psychologique d’un auteur à l’égard de ses lieux de vie. 

     

     

      

    Question 109, P.117 :

     

    « Voilà une information qui réjouira ces messieurs : 6 heures de ménage par jour pourraient réduire le risque de cancer du sein de 13%. 2 heures 30 diminueraient le risque de 6%. Cette étude, menée sur 257 805 femmes en Europe, a permis d’examiner 8034 nouveaux cas de cancer diagnostiqués sur onze ans. Les chercheurs on analysé plusieurs critères comme la fréquence et l’intensité de l’activité physique, le poids, la consommation d’alcool, parmi d’autres facteurs pouvant favoriser le cancer du sein. Au total, les femmes qui font de l’exercice physique très régulièrement, même modéré, diminuent fortement le risque de cancer. »  

     

    Hormis le ton que certains pourront qualifier de sexiste, la réponse D, dite correcte, déclare, en se déduisant de cette « enquête », « qu’une activité physique régulière » réduit le cancer du sein, sans en préciser la nature ni la durée. Cette étude affirmerait un barème minimal de 2h30 par jour. Cette réponse est particulièrement inadéquate de par son flou.

     

     

    Question 111, p.118 :

     

    La couleur bleue qui correspond à une réponse valide est apposée à une réponse erronée, en l’occurrence la A.  

     

     

     

    Question 106, P.116 :

     

     

    « En juillet 2012, le gouvernement grec a lancé la campagne « Xenios Zeus » dans le cadre de son plan de lutte contre l’immigration illégale, devenue le deuxième plus gros problème après la crise économique. Fin août, déjà, 2085 immigrants illégaux avaient été arrêtés, dans l’attente d’être renvoyés verseurs pays d’origine. Le gouvernement a également l’intention de construire de nouveaux centres de détention. La campagne « Xenios Zeus » est largement soutenue par le peuple grec, même si le choix des lieux pour implanter les nouveaux centres de détention reste un problème. L’envolée du nombre de crimes racistes ces derniers mois a pris une tournure politique avec l’entrée du parti néo-fasciste « Aube dorée » au Parlement.

     

    Choix de réponses :

     

     

    A : L’immigration illégale contribue à aggraver la situation de crise économique.

     

    B: Le peuple grec est favorable aux arrestations d’immigrants illégaux et à leur renvoi dans leur pays.

     

    C : Les Grecs, exaspérés par les immigrants illégaux, ont commis des crimes contre certains d’entre eux.

     

    D :Le parti néofasciste « Aube Dorée » n’est pas étranger à l’envolée du nombre de crimes racistes ces derniers mois.

     

    La « bonne réponse est la B…

    Réponse caractérisée encore une fois par une extrapolation généralisante, en effet, ce n’est pas parce qu’une campagne médiatique prétendant lutter contre l’immigration illégale est ponctuellement soutenue (via tel ou tel sondage…) par « la population » à l’aune d’une crise migratoire gigantesque que l’on peut en déduire que tout le peuple soutient les arrestations et les expulsions d’étrangers. À fortiori, la pratique grecque à cet égard s’est révélée particulièrement laxiste bien au contraire (étant entrée dans un rapport de force avec l’Ue justement).

     

     

     

     

    Question 116, p.119 : 

    « Un automne politique « chaud » est imminent en Pologne, alors que l’impact de la crise dans la zone euro commence à se faire sentir dans le pays. Les recettes fiscales seront inférieures à ce qui était initialement prévu par le Budget de l’État, rendant la réduction du déficit public très difficile. De plus, les exportations, le moteur de la croissance polonaise, ralentissent, et le taux de chômage est le plus élevé des six dernières années. Le principal part d’opposition de droite, Droit et justice, utilise ces évènements pour lancer une campagne contre le gouvernement. Ls syndicats ont l’intention d’organiser des manifestations contre les réformes, en particulier contre le projet  de recul de l’âgée de la retraite à 67 ans. Le président Bronislaw  Komorowski s’efforce de calmer l’opinion et de promouvoir l’intégration européenne comme un projet attractif pour sortir de la crise actuelle.

    La réponse A (les exportations polonaises vers la zone euro ralentissent) est validée.

     

    Pourtant à aucun moment, le texte de présentation ne stipule ni ne sous-entend que les exportations polonaises sont dirigées principalement vers l’Ue, cette fois, le candidat est invité à extrapoler en vertu de son savoir immanent en transgressant une lecture littérale (règle régissant pourtant ces exercices).

     

     

     

    À travers les différents tests proposés dans ce manuel, l’impression dérangeante de vouloir former des esprits suivistes et soumis plus que critiques, autonomes et informés, gagne le lecteur. Il est essentiel d’interroger les motifs logiques sous-tendant la validité normative d’un régime politique, faute de quoi l’on s’ouvre à des approximations subjectives particulièrement dangereuses pour les démocraties européennes.

     

     

     

     

      Référence :

    Préparer les concours européens. Volume 1 - Les tests de présélection sur ordinateur - Edition 2014-2015

    Auteur(s) :

      Nicolas Dross

       

      Laure Gaillochet

      Martin Pouliot

       

      Sandra Sornin

      La Documentation française

    Editeur :

      La Documentation française

     

    Année d'édition : 2013


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  • Frankenmonkey, le clonage des primates.

     

    Des primates viennent d'être clonés, c'est une première mondiale. Nos plus proches cousins, comme l'on a coutume de les qualifier, se porteraient bien, sous cette incarnation d'un genre nouveau. L'exploit scientifique s'est déroulé à Shangaï, sous la houlette des jeunes chercheurs Qiang Sun et Muming Poo, travaillant pour l'Institut de neurosciences de l'Académie des sciences chinoises à Shangaï. Ces expérimentations répondent positivement aux recommandations sur la recherche chez les animaux édictées par les Instituts nationaux de la santé des Etats-Unis. Ces autorités sont culturellement favorables au clonage, que ce soit sur le plan des recherches fondamentales que d'un point de vue strictement sanitaire. La question de leur légitimité à décider pour le reste du monde est posée. Techniquement, cette équipe chinoise a contourné la reprogrammation altérée du noyau de cellule différencié qui lors du transfert ne se recombinait pas correctement (ce qui débouchait sur une descendance non viable chez les primates) en utilisant des drogues épigénétiques. Comme toujours, la première justification éthique des équipes concernées se situe dans le domaine médical, assurant que le but visé (à savoir l'obtention de "lignées" génétiquement identiques) permettra de modéliser les problèmes de gènes défectueux et donc de luttter contre les nombeuses maladies humaines qui y sont relatives. Ce clonage de primate est le dernier stade de duplication avant l'humain, en attendant d'y parvenir, il faut se pencher sur l'étude parue dans Science Advance qui prédit l'extinction complète des singes dans 25 à 50 ans. L'individuation organique passe par la diversité biologique, et il est assez cynique de constater que les défenseurs du clonage prétendent réinjecter des espèces disparues alors que cette pratique contribue à l'élimination des espèces (notamment en justifiant la capture pour approvisionner les laboratoires). Quid de la notion d'origine si des êtres conscients naissent de telles expériences ex nihilo ? Quid du principe de généalogie, d'identité, de passé et donc de temporalité ? Ne pas envisager le risque maximal lié à cette pratique, à savoir bel et bien le clonage humain, c'est au minimum de la dénégation, le plus sûrement un pari fou sur l'avenir. Le bilan de ces expériences n'est pas comptable, et ne peut se limiter à la question médicale, mais est bien ontologique, à savoir rationnel. L'amélioration du genre humain passe-t-elle pas l'anéantissement de sa nature propre ?


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  • « au pays des voix, il n'y a rien à voir, juste quelque chose à entendre. »
     

    Walter Benjamin. Ecrits Radiophoniques.


    Nija bila noc’.
    Ils seraient lovés au creux d’un jour parfait, les protagonistes de Wenders, avec un Wurlitzer pour accompagnateur sonore, lentement portés par la douceur de l’inchangé.

    Elle serait chafouine et rigide, lui gentiment intrusif.
    La chaleur reviendrait malgré eux en promesse de familiarité pour leur terrasse de villégiature. Le regard posé sereinement sur des feuillages reverdis et l’intérêt pointé  en direction de vergers tremblés  sous une brise compréhensive.  L’enfance des uns s’adresserait, du bord des sourcils,  aux sourires des autres, se racontant avec le ton propre aux devinettes, en un chuchotement vif, bientôt oublieux de ce ressentiment pourtant central.  Un élan premier soutiendrait le mouvement des heures,  saignée providentielle. Fuiterait la sensation illicite d’être propulsé hors d’un confort bidonné, l’humus et la finitude des choses s’imposeraient alors, creusant le mystère des mémoires, autour d’une table silencieuse, soutenant une présence indéracinable. Ils seraient lovés là, sans la moindre paraphrase. A posle…

    Film de Wim Wenders, 2016.


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  • " Le temps trompeur nous dissimule ses traces, mais il passe, rapide."
    Li Po


    La ligne Hamon, entre fausse fronde et soutien implicite à l’état d’urgence et à la répression de l’internet.




    En ces temps de campagne Présidentielle, alors qu’Hamon se produit à Bercy, il est toujours bon de se rafraîchir la mémoire.
    Préparant des simulations de motions de censure, organisées dans une précipitation volontaire, écartant des soutiens (y compris gaullistes) qui auraient largement pallié aux deux voix manquantes, ne s’opposant pas réellement aux prorogations de l’état d’urgence, les frondeurs qui forment et encadrent la ligne Hamon sont nés de l’imposture.1


    Ayant laissé un Gouvernement mettre la Justice sous tutelle (Décret du 5 décembre 2016 portant création de l’Inspection générale de la Justice), casser un siècle de luttes sociales (loi El Khomri du 9 août 2016), cette mouvance soi-disant dissidente n’a en fait pratiqué qu’une collaboration implicite de tous les instants à l’égard de la politique liberticide des Gouvernements Valls. Dès 2000, Christian Paul, le bras droit d’Hamon en matière des questions de Défense, dont l’ouvrage « L'entourage militaire du président de la IIIe République, 1871-1939 «  était fort pertinemment cité au sein du travail « Politiques de l'ombre. L'Etat et le renseignement en France. », fournissait les armes juridiques pour son camp alors en mode cohabitation pour restreindre gravement la liberté de l’internet. Intitulé cyniquement « Du droit et des libertés sur l’Internet, la corégulation, contribution française pour une régulation mondiale », ce rapport délétère avançait les pions de la surveillance généralisée sous-tendant l’état d’urgence Vallsien. Évoquant le concept de communication au public alors que l’internet est de par son arborescence structurelle une communication du public, ce glissement sémantique ouvrait la justification d’un contrôle étatique arbitraire de ses pratiques, euphémisé par la formule d’“interrégulation” institutionnelle.
     

    « Un nouveau cadre juridique de la communication au public doit être défini pour les services en ligne. Le cadre juridique actuel, qui regarde l’internet comme un service de communication audiovisuelle, doit être  réformé  en  mettant  fin  à  l’ambiguïté  que  recèle  actuellement  une  catégorie  de  “communication audiovisuelle”  entendue  trop  largement.  Il  convient  de  consacrer  une  nouvelle  catégorie  juridique  de "communication au public", en posant un principe de liberté de la communication au public. »2


    Le vide juridique présidant jusqu’alors aux destinées communicationnelles des usagers du net bénéficiait objectivement au principe de liberté d’expression. Son encadrement par voie législative, sous couvert de protection de la dignité humaine, Christian Paul ne faisait que la bafouer.


    Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, le chef des « frondeurs » décidait de s’abstenir régulièrement lors de la plupart des prorogations de l’état d’urgence ou motions de censure, y compris proposées par les bancs de droite. Il n’était donc aucunement question d’opposition mais bien de collaboration passive.





    Christian Paul disait écouter le gouvernement et ses arguments, sans jamais signifier la nature de son vote.
    Et pour cause, il s’abstenait. Cela ne l’empêchait pas de déclarer de « très fortes réserves »3 et se soucier parfaitement hypocritement des dérives induites par son propre travail, considérant que « l’état d’urgence pouvait régler d’autres problèmes d’ordre public qui peuvent survenir dans la même période mais qui concernent d’autres domaines ».4

    Attitude parlementaire du chef des « frondeurs » à l’Assemblée nationale :


    Analyse du scrutin n° 1316
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 8 de M. Larrivé et l'amendement identique n° 89 de M. Jacob après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).


    Ne s’est pas opposé.




    Analyse du scrutin n° 1317
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 7 de M. Larrivé et l'amendement identique n° 88 de M. Jacob après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).


     Ne s’est pas opposé.



    Analyse du scrutin n° 1321
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 92 de M. Jacob après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).

    Ne s’est pas opposé.




    Analyse du scrutin n° 1318
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 52 de M. Ciotti après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).



    Ne s’est pas opposé.



    Analyse du scrutin n° 1319
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 30 de M. Ciotti après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).


    Ne s’est pas opposé.



    Analyse du scrutin n° 1320
    Deuxième séance du 19/07/2016Scrutin public sur l'amendement n° 83 de M. Le Fur après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).

    Ne s’est pas opposé.



    Scrutin public sur l'amendement n° 83 de M. Le Fur après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).




    Analyse du scrutin n° 1322
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 108 (rect) de la commission et l'amendement identique n° 109 (rect) de M. Jacob après l'article premier du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).

    Ne s’est pas opposé.


    Analyse du scrutin n° 1323
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 97 de M. Jacob après l'article 2 du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture)

    Ne s’est pas opposé




    Analyse du scrutin n° 1325
    Deuxième séance du 19/07/2016
    Scrutin public sur l'amendement n° 32 de M. Ciotti après l'article 2 du projet de loi prorogeant l'application de la loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence (première lecture).

    NE S’EST PAS OPPOSE



    (1) http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/coulisses/2016/05/12/25006-20160512ARTFIG00296-motion-de-censure-coup-de-bluff-des-frondeurs-ou-reel-echec.php


    (2) http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/004001056.pdf. p.66


    (3) http://www.humanite.fr/christian-paul-avant-toute-reforme-il-faut-dresser-un-bilan-de-la-mesure-593870
    (4)  Ibid


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     Peter Sloterdijk, la Dianétique en bandoulière.

    C’est avec un entrain non dissimulé que nous avons accueilli cet essai du placide philosophe d’Outre-Rhin, dont le titre (comme son contenu) s’avère pour le moins accessible, contrairement à certaines de ses productions (par exemple « Ni le soleil, ni la mort. Jeu de piste sous formes de dialogues avec Hans-Jürgen Heinrichs, Pauvert, 2003 ; Pluriel, 2004) abusant  d’une terminologie gonflée aux néologismes de croissance parfois redondants. Le penseur émérite se propose durant 645 pages globalement limpides de brosser la perspective de nouvelles mutations afin de répondre à la crise mondiale désormais difficilement dissimulable par on ne sait quels artifices extatiques et oratoires.  

     

    Nous nous attarderons uniquement sur un chapitre particulièrement problématique de cette « louable entreprise » de refondation éthique à vocation populaire. Il s’agit donc de ce passage qui se veut simple Bulle, abstraction structurelle au sein même de la Table des matières en n’héritant pas d’un numéro de chapitre, et qui s’intitule donc : « Transition : Les religions n’existent pas. De Pierre de Coubertin à L. Ron Hubbard. »

     

    Quelle ne fut pas notre surprise de constater que sur trente quatre pages, l’auteur allemand fait montre d’une grande complaisance à l’égard de cette secte dont les activités criminelles sont régulièrement condamnées par différentes cours de Justice à travers le monde. Établissant un parallèle plutôt pertinent entre Pierre de Coubertin et Hubbard,  fondateurs de religions ascétiques déspiritualisées, Peter Sloterdijk écrit : 

     

    « J’aimerais rendre ici hommage au fondateur de la « Dianétique » comme à l’un des grands éducateurs du XXe siècle, dans la mesure où il a accru de manière décisive nos connaissances sur la nature de la religion, bien que ce soit pour l’essentiel de manière involontaire. Il a mérité sa place au panthéon de la science et de la technique pour avoir réussi une expérience psychotechnique dont les résultats importants concernent l’ensemble de la culture. Après Hubbard,  une chose est établie une fois pour toutes : la manière la plus efficace de montrer que la religion n’existe pas est d’en mettre une au monde soi-même. » p.141.

     

    Ce ton plus que laudateur laisse d’abord ébahi face à une pirouette que l’on pense parodiquement  passagère et dont son oeuvre abonde, mais, bien que régulièrement piquetée de pointes ironiques assénées  sans grande conviction (« L’art parmi les arts consiste depuis toujours, pour les plus grands charlatans, à distiller l’unique remède, la panacée, l’agent universel, que cela se fasse dans des alambics physiques ou moraux. » p.143), l’apologie à peine retenue se poursuit :

     

     

    « Je montrerai dans les pages qui suivent comment le génie d’entrepreneur et de chicaneur littéraire qui caractérisait Lafayette Ron Hubbard a mis à profit le principe actif de la religion formelle, dans sa version la plus abstraite, pour la campagne de promotion d’un produit lancé en 1950 et baptisé « Dianétique », avant de le transformer un peu plus tard seulement, par le biais d’une remise à niveau religioïde, en « Église » scientologique. » p.142.

     

    Il est donc question du génie littéraire (?) d’un gourou ayant à son actif quelques milliers de victimes, une place méritée "au panthéon" (!) de la science et de la technique, "d’une approche ingénieuse",  mais pas seulement, car l’effusion dithyrambique se poursuit  : 

      "Au fond, la Dianétique ne signifie pas plus, dans un premier temps, qu’une variante simplifiée et technicisée des hypothèses fondamentales de la psychanalyse : elle remplace allègrement la distinction freudienne des systèmes ou des états de champ bw et ubw (bewusst/unbewusst, « conscient et inconscient ») par la distinction hubbardienne entre l’esprit analytique (avec sa banque de mémoire claire) et l’esprit actif (avec sa banque de mémoire pathologique). » p.145.

     

    Que la doctrine de la Dianétique ait joyeusement plagié sans vergogne les dogmes primitifs de la psychanalyse ne fait aucun doute, de là à établir une équivalence conceptuelle qualitative, cela constitue une autre paire de manches à enfiler avec beaucoup plus de retenue stylistique.

     

    Il est important de noter l’absence de conditionnel dans les formulations et énoncés  repris bien souvent sans la moindre distanciation :

     

    « Les procédures dianétiques n’ont d’autres missions que la fabrication de clarifié »(sic) p.145.

     

    Le harcèlement systématique des ex-membres est considéré comme le simple travestissement d’une tradition religieuse  classique à l'égard des négateurs de Dieu, « Hubbard aurait mérité un prix Nobel » (p.150), et sa secte dans son traitement des apostats s’avère « hautement parodique » (ibid), voire coupable d'une « fâcheuse terreur psychique » (p.151).

     

    Faut-il rappeler que ce harcèlement « fâcheux » conduit régulièrement au suicide les ex-adeptes ou réfractaires subissant le prosélytisme démentiel véhiculé par ces acharnés de la normalisation comportementale, ces nazis chasseurs de fumeurs et autres consommateurs de produits déviants ?

     

     

     Plaçant Hubbard au même rang typologique que Sade et Raspoutine dans une perspective typologique assez sophiste, Sloterdijk touche plus juste quand il évoque un grand inspirateur du Gourou, à savoir Aleister Crowley, pourtant expert de la consommation de drogue et proposant une soupe syncrétique mélangeant un sous-nietzschéisme au matérialisme historique avec quelques gouttes de répugnante magie noire.

    « Après la mort de Crowley, en 1947, Hubbard a dû croire que la place de celui-ci était vacante et attendait un digne successeur. » p.155.

     

     C’est possible, bien que rien ne l’atteste. Mais affirmer d’un écrivain de S.F raté qu’il a fourni un éclairage précieux sur les conditions générales des créations de religion, le comparer à Bouddha, Lao Tseu, Jésus, Mohammed, Aristote, Kant, Schopenhauer, Freud, ou Bergson, c’est non seulement délirant mais dangereux car ce livre qui se présente simplement comme une méthode de développement personnel s‘adresse au grand public et est vendu comme tel.

     

    Non Mr Sloterdijk, la liberté de l’esprit ne passe pas pas le totalitarisme sectaire, il n’y a pas de comportements légaux à réformer par la violence de conditionnements subliminaux, ou via un harcèlement collectif qui s’assimile plus à du lynchage organisé qu’à une réelle envie de progrès social, l’éthique à proposer pour une société en crise ne peut se soumettre à une association de malfaiteurs et de déréglés mentaux jouant avec les lois et tentant d’influencer jusqu’au champ politique européen. L’ironie philosophique des cyniques et des sophistes en chambre doit se confronter à la dure réalité des faits : observer avec ravissement une organisation de psychopathes à l’oeuvre pour enrichir sa connaissance des mouvements religieux est non seulement éthiquement condamnable mais juridiquement discutable. Il est vrai que quand on élabore des « Règles pour un parc humain », la jonction avec cette organisation peut sembler couler de source. Il est bon de vérifier la qualité de cette dernière, certaines baignades s’avèrent  parfois létales.

     

     

     Tu dois changer ta vie.  Peter Sloterdijk. Libella Maren Sell, 2011, 654.p, 29 euros.


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