• -

    Le secret de Vilnius

    Élégie pour une possession

     

     

    « Si l'amour n'était pas ce mélange insoluble de crime prémédité et d'infinie délicatesse, comme il serait aisé de le réduire à une parole !

    Mais les souffrances de l'amour dépassent les tragédies de Job...

    L'érotisme est une lèpre éthérée...»

    Emil Michel Cioran

    Extrait de Le Crépuscule des pensées

     

    Marie, Bertrand, un tournage à l'Est. Brisant le ghetto de ses propres peurs, il avait su, au moment de leur rencontre, bousculer le masque de son indifférence feinte, pour regarder en son cœur et tisser la connivence. Et elle avait ressenti ce dédoublement amoureux. Magie subite de l'attraction à quoi rien ne résiste. En lambeaux, leurs amertumes respectives s'écoulaient alors hors d'eux, les délivrant de leur être, propageant un soleil d’émotions sur les plaies de leurs passés défunts pour laisser place aux joies simples qui les dérobaient au sourire de l'effroi mortel. Ils se délestaient de tout état, laissant à nu comme prévu toute volonté d'empire, d'emprise, encore éloignés des entrelacs névrotiques. Il la regardait, déchirer ses oublis et rencontrer ses hasards. Rêveuse impénitente, sombre et studieuse, agitée et voilée de rires fugaces, éclairant sa face d'un espoir incongru. Ils pouvaient envisager l’avenir en état de grâce, bienveillants stratèges de l’émoi partagé, occultes et discrets, à bonne altitude, en altière position. À l'âme des feintes s'opposait l'essaim des beaux étés, auréolés de promesses adolescentes, accrochés à des voeux bariolés, ils pouvaient se débarrasser des pontons putrides, enjamber les cols livides, se déplier vers l'au dehors avec des mots qui embrasent, nichés dans cette courbure stellaire collée au coeur, ils pouvaient tout, bouffer des chardons jusqu’à la garde en fixant leur déraison dans une hilarité commune.

     

    Cantat aimait déjà le peintre figuratif Paul Bloas, artiste des fantômes, de l'éphémère et des ruines, luttait, se démenait contre sa propre déroute spectrale en demeurant connecté à elle. Ouverts et gardant leurs sourires pour eux, très légers dans une fraîcheur d'inconnu, ils avaient su traverser les larves de l'échec qui en ont décimé bien d'autres avant eux. Leurs chemins intimes faisaient autrefois des myriades de reflets nostalgiques et adolescents. Leurs songes de nuits paisibles et d’étreintes aux saccades de sortilèges se mélangeaient aux saisons de joie que le givre faisait fondre et dispersait aux alentours. Que d’épanchements bercés de danses sans chorégraphe !

     

     Quelques vagues étreintes plus loin au couchant, c'est à l'avant-poste de leurs conflits que le film va se déjouer, entre ces deux apatrides que plus rien n'amarre. Dans une désertion silencieuse, leur champ d'illusion s'est rétréci, on remarque la déception au coin de leurs regards, mais le tournage bruisse, les impératifs techniques prennent le dessus. Reste l'écume d'une relation qui se délite au fond d'un hôtel ouvert aux passages de l'impermanence. Le sablier des semaines égrène le fil de leur ensablement, échouant sur leurs causeries animées, qui s'enlisent dans un abîme divisé de coeur à cœur. L'alphabet qui régissait leurs signes de ralliement semble se disperser comme un vulgaire puzzle balancé en l'air par un gamin frondeur. Les artères de leur émoi se bouchent entre elles, leur pouls faiblit. Le couple s'ouvre le poitrail encore et encore, rien n’y fait. Ils ne parviennent plus à s'adoucir sous l'impact de la crudité factuelle, se mettent en pièces, sans théâtre des deux rives pour tout amortir. La fatalité de l'usure précoce s'infiltre en eux, laissant à la traîne leurs projets de fondations solides. Ombres portées d'eux-mêmes, ils se foudroient de mots perfides, s'éprouvent, se malmènent, se secouent, comme des pruniers malades sous un vent hostile. Glissant vers ce point limite qui fait imploser l’unité. Ils sont confondus, confrontés au grand décalage. Et rien ni personne ne peut plus s'y opposer, venir les arracher à ce déchirement intime, universel, vieux comme le monde.

    « la possession rock (contradictions de positionnement).Déportation et Pyjama rayé. »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :